FinanceLe temps long

Quid de l’IA dans les métiers de la finance ?

Analystes, banquiers d’affaires, gérants : l’intelligence artificielle ne remplace pas encore les financiers. Elle change déjà ce qu’on attend d’eux.

Dessin à venir : une salle de marché où les écrans prennent des notes.

Il y a dans toute banque d’affaires un rite de passage que personne ne regrette vraiment : la nuit blanche passée à aligner des comparables, à reformater des graphiques et à vérifier que la page 47 dit bien la même chose que la page 12. C’est précisément ce travail-là que l’intelligence artificielle sait désormais faire vite, et plutôt bien.

La question n’est donc plus de savoir si l’IA entre dans les métiers de la finance. Elle y est. La question est de savoir ce qu’elle laisse aux humains, et ce que cela change à la manière dont on les forme, dont on les recrute et dont on les paie.

Ce qui s’automatise d’abord

Les premières tâches à basculer sont celles qui consistent à transformer un document en un autre : résumer un rapport annuel, extraire les chiffres d’un prospectus, rédiger une première version de note de crédit, préparer le compte rendu d’un appel avec la direction d’une entreprise. Rien de spectaculaire, mais c’est l’essentiel de la journée d’un analyste junior.

Viennent ensuite la recherche et la veille. Un gérant qui suit des dizaines de valeurs peut demander à un assistant de lui signaler ce qui a changé dans le discours d’un dirigeant d’un trimestre à l’autre. Le travail n’est pas fait à sa place ; il est débroussaillé.

L’IA ne supprime pas le jugement. Elle supprime les excuses pour ne pas avoir le temps d’en exercer un.

Ce qui résiste

Le cœur du métier, lui, tient bon. Décider d’investir ou non, convaincre un comité, négocier une valorisation, sentir qu’un fondateur cache quelque chose : tout cela relève d’un jugement qui engage une responsabilité. Et la responsabilité, en finance, ne se délègue pas à un modèle, ne serait-ce que parce que le régulateur ne le permet pas.

Il y a aussi une limite plus prosaïque. Les modèles se trompent avec aplomb. Dans un métier où une virgule mal placée coûte cher, un outil qui invente une source avec élégance reste un collaborateur qu’il faut relire.

La vraie question : la formation

Le paradoxe est là. Les tâches que l’IA prend en charge sont justement celles qui formaient les débutants. On apprenait à lire un bilan en le recopiant, à comprendre une opération en montant le modèle ligne par ligne. Si la machine s’en charge, comment forme-t-on la génération suivante de financiers ?

Les établissements les plus lucides commencent à y répondre en déplaçant l’apprentissage : moins de production, plus de relecture critique, plus tôt au contact du client. C’est un pari. Il suppose que l’on peut apprendre à juger un travail que l’on n’a jamais fait soi-même.


Il serait imprudent de prédire la disparition d’un métier. Il est plus sûr de prédire la transformation de son contenu. Le financier de demain passera moins de temps à produire et davantage à poser les bonnes questions, à vérifier et à décider. Autrement dit, à faire ce qu’on attendait de lui depuis toujours, sans avoir jamais eu tout à fait le temps de le faire.