FinanceLe temps long

Quid du private equity quand l’argent n’est plus gratuit ?

Pendant une décennie, le levier a fait une bonne partie du travail. La remontée des taux oblige le capital-investissement à revenir à son métier : transformer des entreprises.

Dessin à venir : un banquier qui cherche la sortie dans un labyrinthe.

Le private equity a vécu une longue époque bénie. Des taux d’intérêt au plancher, une dette abondante, des valorisations qui montaient d’elles-mêmes : il suffisait souvent d’acheter, d’attendre et de revendre plus cher. Les meilleurs fonds faisaient bien davantage, mais l’environnement pardonnait beaucoup aux autres.

Cette époque s’est refermée avec le retour de l’inflation et la remontée des taux. Depuis, le métier découvre ce que vaut un modèle quand le vent ne souffle plus dans son dos.

Le problème des sorties

Le symptôme le plus visible est l’embouteillage des sorties. Des entreprises achetées à des multiples élevés peinent à trouver preneur au prix espéré. Les introductions en Bourse se font rares, les acheteurs industriels sont prudents, et les fonds rechignent à vendre à perte. Résultat : les participations restent en portefeuille plus longtemps que prévu, et les investisseurs des fonds attendent leurs distributions.

Un fonds qui ne vend pas n’est pas un fonds qui gagne. C’est un fonds qui fait attendre ses clients.

Les réponses de l’industrie

L’industrie s’adapte avec son inventivité habituelle. Les fonds de continuation permettent de céder une participation à un nouveau véhicule géré par la même équipe. Le marché secondaire offre de la liquidité à ceux qui ne veulent plus attendre. Les financements adossés à la valeur du portefeuille se développent. Chacun de ces outils a sa logique ; tous posent la même question : qui fixe le prix, et au bénéfice de qui ?

Retour aux fondamentaux

La conséquence la plus saine de cette période est peut-être ailleurs. Quand le levier coûte cher, la création de valeur doit venir de l’entreprise elle-même : croissance du chiffre d’affaires, amélioration des marges, acquisitions bien intégrées, meilleure gouvernance. C’est le discours que tient le private equity depuis toujours. C’est désormais aussi la seule manière de gagner de l’argent.

Les années qui viennent devraient donc creuser l’écart entre les équipes capables de transformer une entreprise et celles qui surfaient sur le cycle. Pour les entrepreneurs qui cherchent un actionnaire, c’est plutôt une bonne nouvelle : on n’a jamais autant eu intérêt à choisir son fonds pour ce qu’il sait faire.