IALe temps long

Quid de la course à l’énergie derrière les data centers ?

L’intelligence artificielle se joue aussi loin des laboratoires : dans les centrales, sur les réseaux électriques et dans les files d’attente de raccordement.

Dessin à venir : un data center branché sur une prise trop petite.

On parle volontiers de l’intelligence artificielle comme d’une affaire de logiciels, de chercheurs et de puces. On oublie qu’elle est d’abord une affaire d’électricité. Chaque modèle entraîné, chaque requête servie, chaque image générée commence par un kilowattheure tiré quelque part sur un réseau.

Pendant longtemps, ce détail n’intéressait que les ingénieurs. Il est devenu une question stratégique, financière et politique.

Le goulet d’étranglement a changé de place

Il y a peu, le facteur limitant de l’IA était la puce. Aujourd’hui, dans de nombreux pays, c’est le raccordement. Construire un data center prend quelques années ; renforcer une ligne à haute tension ou bâtir une nouvelle capacité de production peut en prendre bien davantage. Les projets se retrouvent en file d’attente, et l’accès à l’électricité devient un actif en soi.

Le terrain idéal pour un data center n’est plus celui qui est proche des clients. C’est celui qui est proche d’un poste électrique.

Ce que cela change pour les investisseurs

La conséquence est visible dans les stratégies des grands acteurs du numérique : contrats d’achat d’électricité de long terme, intérêt renouvelé pour le nucléaire, y compris les petits réacteurs modulaires, investissements dans le stockage et dans les réseaux. Des entreprises que l’on classait hier dans les « valeurs de rendement » sans histoire se retrouvent au cœur du récit technologique.

Pour l’investisseur, la chaîne de valeur de l’IA s’allonge donc vers l’amont : producteurs d’électricité, gestionnaires de réseaux, fabricants de transformateurs, spécialistes du refroidissement. Ce sont des métiers lents, capitalistiques, régulés. Tout l’inverse de l’image que l’on se fait de la tech.

L’Europe a une carte à jouer

Le continent n’a pas les plus grands laboratoires d’IA. Il a en revanche, dans certains pays, une électricité abondante et peu carbonée, des réseaux interconnectés et une tradition industrielle de l’énergie. Si la course à l’IA devient en partie une course à l’énergie, la géographie de la compétition n’est plus tout à fait la même.

Reste à transformer cet avantage en projets : des procédures de raccordement plus rapides, des règles claires sur l’usage des ressources, en eau notamment, et des financements de long terme. Ce n’est pas le genre de sujet qui fait les gros titres. C’est le genre de sujet qui décide des gagnants.