IALe temps long

Quid de la souveraineté européenne en IA ?

Tout le monde la réclame, personne ne la définit de la même manière. Entre modèles, puces, données et énergie, l’Europe doit choisir ses batailles.

Dessin à venir : une carte d’Europe en circuits imprimés, sans légende.

Rares sont les discours sur l’intelligence artificielle prononcés en Europe qui ne contiennent pas le mot « souveraineté ». Le mot est commode : il rassemble. Il est aussi trompeur, car il promet une indépendance totale que personne, pas même les plus grandes puissances, ne possède vraiment.

La bonne question n’est donc pas « l’Europe peut-elle être souveraine en IA ? », mais « sur quels maillons de la chaîne doit-elle absolument peser ? ».

Une chaîne, plusieurs maillons

L’IA moderne repose sur une pile de dépendances. Tout en bas, l’énergie et les data centers. Puis les puces, leur conception et leur fabrication. Puis les modèles, entraînés à grands frais. Enfin les applications, là où l’IA rencontre les entreprises et les usagers. Aucun pays ne maîtrise l’ensemble ; chacun choisit où il veut être indispensable.

Être souverain ne veut pas dire tout faire soi-même. Cela veut dire ne pas pouvoir être coupé du jour au lendemain.

Les atouts réels

L’Europe dispose de cartes que l’on cite moins souvent qu’elle ne le mérite. Elle abrite un maillon critique de la fabrication des semi-conducteurs les plus avancés, avec les machines de lithographie néerlandaises. Elle a vu émerger des laboratoires de modèles capables de rivaliser sur certains terrains. Elle forme d’excellents ingénieurs et mathématiciens. Et elle compte des industriels, dans la santé, l’aéronautique ou l’énergie, qui ont les données et les problèmes concrets sur lesquels l’IA crée de la valeur.

Les faiblesses connues

Les difficultés sont tout aussi connues : un capital-risque moins profond qu’outre-Atlantique au moment où les entreprises ont besoin de grosses levées, un marché unique qui reste fragmenté pour les services numériques, et une tendance à réguler plus vite qu’à financer. La réglementation peut être un atout de confiance ; elle ne remplace pas une stratégie industrielle.

Choisir ses batailles

La voie la plus crédible n’est sans doute pas de reproduire chaque géant américain ou chinois, mais de devenir incontournable sur quelques maillons et excellente dans l’usage. Une Europe qui saurait déployer l’IA dans son industrie mieux que les autres aurait déjà gagné une partie de la bataille, quelle que soit la nationalité du modèle sous le capot.